Une chanson au pas de la porte

Room 217 transforme le soins aux proches en intégrant le pouvoir de la musique aux soins et aux liens humains du quotidien

Photo : Kelsey Blake Creative

le 14 août 2026

Un homme faisait les cent pas depuis le matin. À 61 ans, il vivait avec une démence frontotemporale avancée depuis trois ans. Le langage avait presque entièrement disparu. Il n’en restait que quelques fragments : un « non » occasionnel, un cri soudain ou encore un mouvement incessant d’un bout à l’autre de la pièce. Les moments de calme duraient rarement plus de quelques secondes. 

Au cours d’un long quart de travail dans un établissement de soins du Nouveau-Brunswick, une infirmière s’est arrêtée à la porte de sa chambre et a essayé quelque chose de différent. Elle a commencé à jouer de la musique 

La chanson était Country Road, tirée d’un album de Room 217, un organisme canadien qui transforme la façon dont les soins sont prodigués grâce à la musique. Il ne s’agissait ni d’une intervention clinique prescrite ni d’une séance formelle de musicothérapie. C’était simplement un geste bienveillant, inspiré de sa formation auprès de Room 217, qui encourage les proches aidants et les professionnels à utiliser la musique pour rejoindre les personnes lorsque les mots ne suffisent plus. 

L’homme a cessé de faire les cent pas. Puis, lentement, il s’est mis à tourner en petits cercles, un comportement que l’infirmière ne lui avait jamais observé auparavant. Lorsqu’il a repris sa marche, son rythme s’était apaisé. L’agitation avait disparu. Après quelques autres chansons, elle l’a invité à s’asseoir dans un fauteuil. 

Il est demeuré assis pendant trois chansons complètes, tapant doucement du pied au rythme de la musique. Cela faisait des mois qu’il ne pouvait rester immobile plus de quelques secondes. 

« J’en ai eu les larmes aux yeux », a raconté l’infirmière par la suite. 

Des moments comme celui-ci sont au cœur de MUSIC CARE, le programme de Room 217 qui utilise la musique pour améliorer la santé et le bien-être. 

Grâce au soutien de la Fondation Azrieli, Room 217 a accru sa capacité à former des proches aidants, des éducateurs, des musiciens et des professionnels de la santé partout au Canada afin d’intégrer la musique aux soins du quotidien. Par l’entremise du Centre Azrieli pour la musique, les arts et la culture et du Centre canadien d’excellence pour les aidants, l’organisme contribue à transformer les milieux de soins en reconnaissant la musique non pas comme une activité complémentaire, mais comme un outil essentiel de connexion humaine. 

L’approche est à la fois pratique et profondément humaine. Contrairement à la musicothérapie, qui s’inscrit dans un cadre clinique, les soins par la musique sont conçus pour être accessibles à tous. Un préposé au soutien à la personne qui fredonne pendant qu’il aide un résident à se déplacer. Un bénévole en soins palliatifs qui offre une chanson familière plutôt qu’une conversation. Un enseignant qui s’appuie sur le rythme lorsque les mots ne suffisent plus. Un musicien qui interprète une mélodie liée aux souvenirs, à l’identité ou au vécu d’une personne. 

Ces interventions sont souvent modestes et spontanées, intégrées naturellement au déroulement de la vie quotidienne. Pourtant, leur impact peut être remarquable. 

En soutenant des organismes comme Room 217, la Fondation Azrieli fait progresser une vision plus large des arts et de la culture au Canada, une vision qui reconnaît la musique comme un puissant levier de santé, de bien-être et de connexion sociale. 

La Fondation a regroupé ses programmes de financement, ses collaborations et ses initiatives stratégiques sous la vision commune du Centre Azrieli pour la musique, les arts et la culture, dont l’objectif est d’élargir l’accès à des expériences artistiques significatives pour les Canadiens de tous âges. 

Cette initiative reflète la conviction de la Fondation que les arts ne sont pas un élément périphérique de l’épanouissement humain, mais bien l’un de ses fondements. 

Cette philosophie se manifeste particulièrement dans le travail de Room 217. 

Depuis sa création, l’organisme a formé des milliers de proches aidants, de musiciens et d’éducateurs œuvrant dans des centres de soins de longue durée, des hôpitaux, des maisons de soins palliatifs, des écoles et des résidences privées partout au pays. Sa portée est exponentielle : chaque personne formée aux soins par la musique crée de nouveaux moments de calme, de dignité et de connexion pour les personnes qu’elle accompagne. 

Le soutien financier de la Fondation Azrieli a permis à Room 217 de renforcer ses programmes de formation, d’élargir ses partenariats et d’étendre son travail à de nouveaux milieux de soins. Plus important encore, il a contribué à mettre en valeur le rôle de l’accompagnement lui-même, en réaffirmant que prendre soin d’une personne consiste aussi à préserver son humanité, son identité et ses liens affectifs, et pas seulement à obtenir des résultats cliniques. 

Cette vision s’inscrit dans l’engagement plus large de la Fondation à améliorer la qualité de vie grâce aux arts. En soutenant des initiatives à l’intersection des arts et de la santé, la Fondation contribue à bâtir un secteur culturel canadien plus résilient, plus accessible et plus connecté, tout en faisant progresser la compréhension croissante du rôle que peut jouer la créativité dans le bien-être à toutes les étapes de la vie. 

Comme l’a souligné Bev Foster, directrice générale de Room 217 : 

« Un monde qui adopte les soins par la musique est un monde où l’on voit les personnes au-delà de leur diagnostic. La musique devient aussi essentielle qu’un médicament. Elle apaise les exigences quotidiennes de l’accompagnement. Pour les personnes âgées, c’est un monde où la musique fait partie de chaque journée, soutenant l’engagement, la mémoire et le sentiment d’identité. Pour les proches aidants, c’est un monde où les relations de soin sont plus profondes et où les expériences musicales partagées renforcent les liens. Pour nous tous, c’est un monde où nos âmes sont nourries par les chansons et les histoires. » 

C’est une vision inspirante de l’avenir des soins au Canada. 

Et parfois, elle commence par quelque chose d’aussi simple qu’un pas de porte, une chanson et une personne qui, enfin, trouve un moment de répit. 

 

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