Un terrain d’entente

En Israël, la santé mentale et la dépendance sont rarement traitées conjointement. Un nouveau centre a pour objectif de changer cela.

L’ICAMH a été conçu pour favoriser l’inspiration réciproque et l’échange de connaissances entre les étudiants et les cliniciens.

Il n’est pas surprenant qu’en Israël, la santé mentale soit un enjeu de plus en plus important après les années de guerre qui ont pesé sur la nation. Cependant, tout le monde ne comprend pas le lien qui existe entre celle-ci et la dépendance. Une enquête menée en 2024 a révélé que 26 % des Israéliens consommaient des substances qui créent une dépendance, soit une augmentation de 15 % par rapport à 2022.

« La santé mentale et la dépendance sont indissociables », souligne le Dr Ariel Kor, fondateur de l’Israel Center for Addiction and Mental Health (ICAMH), président de l’Israel Centre on Addiction (ICA) et psychologue clinicien. « Nos cliniques partent du principe que les traumatismes, les crises existentielles et la détresse émotionnelle sont intrinsèquement liés à la consommation de substances nocives et aux comportements de dépendance. Traiter l’un sans l’autre revient à offrir des soins incomplets. »

C’est là qu’intervient l’ICAMH, la première et la seule institution en Israël qui allie recherche et prise en charge des troubles psychiatriques et des dépendances. Ce centre, qui a ouvert ses portes en novembre 2025, a été construit en grande partie grâce à un don de 25 millions de dollars versé par la Fondation Azrieli à l’Université hébraïque afin de créer un centre universitaire, et son ouverture est tombée à point. « Depuis le 7 octobre, un très grand nombre de personnes viennent chercher de l’aide pour traiter des problèmes liés à la fois à des traumatismes et à la dépendance », explique le Dr Mario Mikulincer, directeur académique de l’ICAMH.

Aménager un espace dédié aux soins 

Le centre comprend deux bâtiments de six étages chacun, qui abritent des espaces cliniques et pédagogiques, des salles de thérapie de groupe, des laboratoires de recherche et des bureaux. Les bâtiments sont entourés d’espaces verts soigneusement entretenus, tandis que les intérieurs se distinguent par la présence de plantes, de touches de bois naturel, d’un design moderne et d’une lumière naturelle abondante.

La création d’un espace à la fois beau et accueillant était un choix délibéré. « La santé mentale et la dépendance ne doivent pas être reléguées aux recoins cachés ou négligés. En offrant un environnement adéquat et à la pointe de la technologie, nous montrons à nos patients qu’ils méritent les meilleurs soins possibles », explique Kor.

Les contributions de la Fondation ne se limitent pas à la construction des locaux de l’ICAMH. Cette dernière fournit également les ressources administratives et humaines nécessaires à la réalisation des objectifs de l’établissement en matière de recherche, d’enseignement et de soins cliniques.

Naomi Azrieli, présidente de la Fondation Azrieli, explique qu’en réunissant ces trois domaines, axés sur les soins communautaires, la recherche, l’éducation et les soins spécialisés, l’ICAMH « a le potentiel de transformer l’ensemble de l’écosystème lié à la santé mentale et aux dépendances dans le pays ».

L’ICAMH devrait permettre d’améliorer la prise en charge des personnes confrontées à des problèmes de dépendance et de santé mentale, et de contribuer à réduire la stigmatisation sociale liée à ces enjeux. « Depuis le 7 octobre et la guerre qui a suivi, on parle beaucoup du syndrome de stress post-traumatique, des traumatismes et des problèmes de santé mentale dans la société, mais la dépendance reste un sujet extrêmement tabou. Elle est toujours considérée comme un échec personnel », dit Azrieli. « Nous sommes fiers d’apporter notre soutien philanthropique et notre nom à l’ICAMH afin de contribuer à la normalisation des soins en matière de santé mentale et de dépendance en Israël. »

Soins interdisciplinaires

Une autre particularité de l’ICAMH réside dans le fait qu’il associe soins cliniques et recherche dans un large éventail de disciplines, dont la psychologie, la pharmacie, la génétique, la philosophie, le travail social et l’informatique. Cela signifie que les chercheurs peuvent s’attaquer aux défis complexes liés à la dépendance et à la santé mentale grâce à des solutions globales.

Selon Mikulincer, l’utilisation des psychédéliques dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) illustre bien comment cette collaboration peut être utile. Si ces substances peuvent être efficaces, elles peuvent également susciter de la peur ou simplement constituer une distraction plutôt qu’un remède. En réunissant un pharmacien et un psychologue cognitiviste dans le cadre d’un projet de recherche, l’ICAMH peut mettre au point une nouvelle thérapie dans laquelle une personne est exposée à des facteurs déclencheurs dans un environnement sécurisé, avec l’aide de psychédéliques.

L’ICAMH contribue également à faire tomber les barrières entre la recherche et les soins cliniques. « Traditionnellement, les systèmes de santé publique, le monde universitaire et les ONG de terrain fonctionnent chacun de leur côté », explique Kor. « Cette fragmentation crée des lacunes dans la continuité des soins et sépare la recherche de sa mise en application concrète. »

Les universitaires, par exemple, peuvent se consacrer à des travaux de recherche qui ne répondent pas aux besoins quotidiens des patients. Les prestataires de soins de santé, quant à eux, peuvent prodiguer des soins sans s’appuyer sur les données scientifiques les plus récentes. En réunissant ces deux parties, l’ICAMH veille à ce que ses recherches apportent des réponses aux questions que se posent les médecins, infirmières et psychologues de première ligne. « Ce partenariat étroit garantit que les résultats de la recherche pertinents sont mis en œuvre en milieu clinique, et que les enseignements tirés de cette expérience sont ensuite réinjectés dans la recherche. C’est un cercle vertueux », explique Azrieli.

Renforcer le soutien

L’ICAMH prend actuellement en charge une centaine de patients présentant à la fois des troubles mentaux et des problèmes de dépendance, et prévoit d’augmenter sa capacité afin de pouvoir accueillir 400 patients simultanément dans les années à venir.

Le traitement peut inclure une psychothérapie individuelle et de groupe, ainsi que des consultations avec des psychiatres et des travailleuses sociales. Les patients consultent également des ergothérapeutes, qui les aident à renforcer leurs fonctions exécutives comme la planification, le contrôle des impulsions et la régulation émotionnelle, afin de leur permettre de suivre leurs plans de traitement.

Par ailleurs, le centre emploie des thérapeutes arabes israéliens, ainsi que des thérapeutes orthodoxes, hommes et femmes, afin d’offrir des soins adaptés à la culture de ces communautés.

Le financement de la Fondation Azrieli permet également à 20 stagiaires en psychologie de suivre une formation à l’ICAMH. « D’ici dix ans, l’ICAMH aura inculqué cette expertise à plus de 100 jeunes psychologues, ce qui va révolutionner la psychologie clinique en Israël », déclare Mikulincer.

Le centre commence déjà à porter ses fruits. Récemment, Kor s’est entretenu avec la famille d’un jeune adulte qui a connu des difficultés pendant des années, car les services psychiatriques n’étaient pas en mesure de prendre en charge sa consommation de substances, tandis que les centres de traitement des dépendances ne se sentaient pas suffisamment équipés pour gérer sa détresse psychiatrique sous-jacente.  Le jeune homme « s’est transformé » depuis son arrivée à l’ICAMH. « Cela a vraiment mis en évidence la nécessité médicale et éthique de ce centre », déclare Kor, ajoutant que « le besoin national urgent de services spécialisés dans les traumatismes et les dépendances ne fait que renforcer notre détermination commune ».

La famille Azrieli était fière de se joindre aux responsables de l’Université hébraïque de Jérusalem et de l’ICAMH lors de l’inauguration officielle du centre.

Le don de la science

Un don de 50 M$ de la Fondation Azrieli soutient un partenariat historique visant à accélérer le diagnostic des maladies infantiles rares.

Imaginez que vous assistiez, impuissant, à l’apparition de symptômes mystérieux chez votre bébé ou à son incapacité à franchir certaines étapes clés de son développement. Après d’innombrables consultations médicales et examens, ceux qui devraient avoir des réponses n’en ont aucune.

Selon les Instituts de recherche en santé du Canada, un enfant sur 40 naît atteint d’une maladie rare, et la moitié d’entre eux n’atteindront pas l’âge adulte. Il faut parfois des années aux enfants souffrant de problèmes de santé inexpliqués pour pouvoir bénéficier d’un séquençage du génome complet — un examen exhaustif mais coûteux qui met en évidence les mutations génétiques présentes dans l’ADN d’une personne — et certains n’y ont jamais accès.

Le partenariat Santé de précision pédiatrique, conclu entre SickKids à Toronto et le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine à Montréal, vise à changer cela. Soutenue par un don de 50 millions de dollars de la Fondation Azrieli, cette initiative novatrice vise à élargir l’accès aux technologies génomiques de pointe afin d’améliorer le diagnostic des maladies pédiatriques rares, notamment les cancers infantiles, et d’accélérer la mise en place de traitements personnalisés.

« Notre objectif est que, d’ici cinq ans, tous les enfants atteints de pathologies graves non diagnostiquées puissent bénéficier rapidement d’un séquençage de leur génome, et que nous puissions identifier le médicament ou la thérapie génique adapté à un nombre bien plus important de maladies », explique Mira Puri, docteure, directrice scientifique du portefeuille dédié aux soins de santé, aux sciences et à la recherche de la Fondation Azrieli.

En réunissant des cliniciens, des généticiens et des chercheurs en informatique, et en facilitant le partage de données à grande échelle entre les établissements, ce partenariat permet de constituer une puissante base de données qui établit un lien entre les mutations génétiques et les symptômes. « Les données de recherche s’accumulent à un rythme effréné en raison des progrès considérables réalisés en matière de puissance de calcul », explique Puri. « Nous souhaitons que le rythme des avancées thérapeutiques soit à la hauteur du potentiel qu’offrent les technologies actuelles. » — Wendy Jain

En Israël, la santé mentale et la dépendance sont rarement traitées conjointement. Un nouveau centre a pour objectif de changer cela.

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