Après son premier cours de natation adapté à Whitehorse, Elliot a prononcé cinq mots que sa mère, Jasmine, attendait depuis longtemps : « Maman, je me suis amusé. »
Pour bien des enfants, ces mots paraissent ordinaires. Mais pour Elliot, neuf ans, ils avaient une immense portée. Brillant, curieux et, comme le décrit sa mère, particulièrement déterminé dans sa façon d’aborder le monde, Elliot apprend et traite l’information différemment. Les cours de natation traditionnels étaient donc souvent difficiles pour lui.
Elliot voulait apprendre à nager, et Jasmine le souhaitait également. Non seulement parce que la natation favorise la confiance en soi, l’autonomie et le plaisir, mais aussi parce que la sécurité aquatique est essentielle. Pourtant, cours après cours, elle le voyait fournir d’énormes efforts dans un environnement qui n’était tout simplement pas conçu pour sa façon d’apprendre.
À ce moment-là, Jasmine admet qu’elle était épuisée. Comme de nombreux parents d’enfants ayant un handicap ou des différences développementales, elle avait passé des années à défendre les intérêts de son fils dans divers systèmes, à expliquer ses besoins d’un contexte à l’autre et à tenter de mettre en place des soutiens adaptés partout où il allait. La natation ne faisait pas exception, sauf que cette fois-ci, elle ne savait pas comment adapter seule l’environnement d’une piscine.
C’est alors qu’elle a contacté la Ville de Whitehorse. L’équipe l’a chaleureusement invitée à essayer son programme de natation adaptée, qui offrait un environnement plus calme, des groupes plus restreints, un rythme plus lent et un soutien individualisé. Le programme était encore en évolution, mais la réponse qu’a reçue Jasmine comportait quelque chose qu’elle n’avait pas toujours connu : de l’enthousiasme.
Jasmine dit que « Tout à coup, une organisation nous disait : “Oui, nous reconnaissons votre fils. Nous reconnaissons qu’il a des besoins différents. Et nous avons créé un programme pour le soutenir.” »
Pour Jasmine, cela comptait avant même qu’Elliot ne mette les pieds dans l’eau. Cela signifiait qu’elle et son fils n’arrivaient pas comme un problème à résoudre. Ils arrivaient comme des membres de la communauté dont les besoins avaient déjà été pris en compte. « Tout à coup, nous avions l’impression de faire partie de la communauté. Nous n’étions plus perçus comme un inconvénient. »
Dès le premier cours, le changement a été immédiat. Au lieu d’hésiter, Elliot s’est élancé dans la piscine et a commencé à essayer des activités qu’il n’avait jamais osé faire auparavant.
Dans un courriel touchant adressé à l’équipe aquatique de Whitehorse, Jasmine a écrit :
« Ce qui m’a le plus frappée, c’est qu’Elliot, lui, n’avait pas changé. C’est l’environnement qui avait changé. La conception du programme s’est transformée de façon à lui permettre d’accéder à l’apprentissage, à la confiance en soi et au plaisir. »
C’est précisément ce changement que Canucks Autism Network et la Société de sauvetage du Colombie-Britannique et Yukon espéraient rendre possible grâce à la formation Nageur adapté, un projet pluriannuel soutenu par la Fondation Azrieli.
Cette formation aborde notamment les considérations sensorielles, les supports visuels, les stratégies de communication ainsi que des approches pratiques que les instructeurs peuvent utiliser auprès des nageurs autistes et neurodivergents.
Pour Stephanie Jull, vice-présidente des programmes, de la formation et de l’engagement communautaire à Canucks Autism Network, le projet repose sur une conviction fondamentale : les espaces communautaires devraient être conçus de façon à ce que les personnes autistes soient comprises, accueillies et soutenues.
« Il y a tellement de personnes bien intentionnées dans nos communautés qui souhaitent exactement cela pour les personnes autistes et leurs familles. Elles veulent créer ces espaces. Elles ont simplement besoin d’outils, » raconte Stephanie.
Ces outils sont essentiels, car l’inclusion ne peut pas reposer uniquement sur un instructeur exceptionnellement dévoué, un parent particulièrement bien outillé ou la capacité d’une famille à défendre continuellement ses besoins. Elle doit être intégrée au système lui-même. La Fondation Azrieli soutient des organismes qui intègrent l’inclusion à tous les aspects de leurs communautés.
« Nous croyons que l’inclusion doit être intégrée dès le départ, et non ajoutée après coup, » explique Orly Fruchter, gestionnaire des subventions, Initiatives en neurodiversité à la Fondation Azrieli. « Soutenir des projets comme celui-ci permet à un plus grand nombre d’enfants et de familles de participer pleinement, de trouver leur place et de s’épanouir. »
La formation Nageur adapté a justement été creée dans cet objectif. Canucks Autism Network et la Société de sauvetage du Colombie-Britannique et Yukon ont pu élaborer, tester, mettre à l’essai et perfectionner la formation avant de l’intégrer à un parcours plus large destiné aux instructeurs, afin qu’elle puisse bénéficier à un plus grand nombre de communautés.
La formation a déjà été déployée à Surrey, Vancouver, Mission et Whitehorse. Des mises en œuvre ont également eu lieu en Alberta, au Québec et en Nouvelle-Écosse, et d’autres sont prévues partout au Canada en 2027 et 2028. L’équipe souhaite former des instructeurs provinciaux capables d’offrir la formation, la première phase du déploiement en Colombie-Britannique comprenant déjà le cycle de renouvellement des certifications de 2026. L’objectif est de former 15 000 instructeurs en Colombie-Britannique et au Yukon d’ici la fin de 2027.
À Whitehorse, cette vision nationale n’avait rien d’abstrait pour Elliot et Jasmine. Elle se manifestait dans la façon dont les instructeurs accueillaient Elliot. Dans le calme de l’eau. Dans la taille réduite du groupe. Dans le temps supplémentaire accordé. Dans l’enseignement étape par étape. Elle se manifestait aussi dans ce sentiment qu’Elliot avait sa place avant même d’avoir à faire ses preuves.
« Lorsqu’un programme reconnaît que les enfants apprennent différemment et qu’il est conçu en conséquence, ils ne se contentent pas de participer, » le résume Jasmine. « Ils savent qu’ils ont leur place. »
Et les retombées vont bien au-delà d’un enfant, d’une famille ou d’une piscine. Stephanie pense souvent aux jeunes moniteurs de natation qui conserveront ces compétences bien après avoir quitté le bord du bassin. Ils deviendront enseignants, ergothérapeutes, dentistes, dirigeants d’entreprise ou avocats. Peu importe le chemin qu’ils choisiront, ils emporteront avec eux une compréhension plus profonde de la façon de soutenir les personnes autistes et neurodivergentes.
« En créant ces expériences où les gens acquièrent des connaissances, se sentent outillés et développent leur confiance, puis emportent tout cela avec eux dans la suite de leur parcours, c’est ainsi que nous changeons le monde », affirme Stephanie.
* Des pseudonymes ont été utilisés afin de protéger la vie privée de la famille.
