Bien avant de prendre la tête de la Fondation Azrieli, l’engagement de Naomi Azrieli en faveur des neurosciences relevait d’une motivation personnelle. Son frère est né avec un trouble neurodéveloppemental génétique qui a été identifié dans les années 1980 comme le syndrome de l’X fragile.
Le syndrome de l’X fragile est la principale cause génétique de l’autisme et touche environ 1 homme sur 4 000 et 1 femme sur 6 000.
Au début des années 2000, alors que les progrès de la science moléculaire et génétique prenaient leur essor, elle a vu là une occasion de soutenir la recherche sur la maladie de son frère, qui entraîne souvent des déficiences intellectuelles ainsi qu’un retard du développement du langage et de la motricité.
Les personnes atteintes de troubles neurodéveloppementaux sont souvent négligées tant dans la recherche que dans les mesures d’accompagnement, une réalité qu’Azrieli s’efforce de changer depuis longtemps. « Nous souhaitons financer des recherches innovantes tout au long de leur cycle de vie, susceptibles de déboucher sur des traitements et des thérapies pour les patients », explique-t-elle.
Au fil des ans, la Fondation a contribué à mettre en place un réseau de chercheurs de premier plan dans ce but précis. « Nous sommes à une étape vraiment stimulante », déclare Azrieli. « La compréhension fondamentale du neurodéveloppement a fait un bond en avant, et nous commençons enfin à percer les mystères de cette boîte noire. Je suis fière du rôle important que notre fondation a joué pour rendre cela possible. »
Voici quelques-uns des chercheurs de premier plan dans le domaine des neurosciences que la Fondation a soutenus en 2025.
La précurseure
La Dre Sarah Lippé était une jeune chercheuse spécialisée dans le domaine de l’épilepsie lorsqu’une émission de radio consacrée à un jeune garçon atteint du syndrome de l’X fragile a changé le cours de sa carrière. Les principales théories sur l’incidence de ce trouble sur le développement cérébral avaient jusqu’alors été principalement testées sur des animaux. Elle s’est rendu compte que son expertise en électroencéphalographie (EEG), un examen non invasif permettant de mesurer l’activité électrique du cerveau, pourrait contribuer à changer la donne.
Au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine de Montréal, son équipe a identifié des biomarqueurs cérébraux qui reflètent la gravité des effets de chaque mutation sur le développement et le fonctionnement du cerveau.
La Fondation Azrieli a financé deux essais cliniques menés par Lippé — l’un portant sur le syndrome de l’X fragile, l’autre sur le trouble du spectre de l’autisme — qui utilisaient l’EEG pour suivre des biomarqueurs et déterminer si des médicaments pouvaient modifier l’activité cérébrale et le comportement des participants.
« Le financement de la Fondation Azrieli a été essentiel pour que tout cela puisse voir le jour », mentionne Lippé. « Cela nous a permis de nous concentrer sur la science et le bien-être des familles. »
Le pionnier
La plupart des troubles génétiques surviennent lorsque l’organisme produit une protéine anormale. Celle responsable du syndrome de l’X fragile est absente, car le gène qui le code est inactif. Le Dr Nissim Benvenisty, spécialiste israélien des cellules souches, a mis au point plusieurs modèles de maladies portant sur le syndrome de l’X fragile et cherche à réactiver le gène responsable de cette maladie.
Il a récemment introduit, dans la revue Nature Genetics, le terme « gene-silencing disorders » (troubles liés au blocage de l’expression d’un gène) pour désigner une catégorie regroupant le syndrome de l’X fragile et d’autres troubles qui ont ce mécanisme en commun. Ce concept ouvre la voie à une nouvelle approche thérapeutique axée sur la réactivation du gène plutôt que sur son remplacement. Le laboratoire de Benvenisty a utilisé des cellules souches pour créer des modèles génétiques du syndrome de l’X fragile et évaluer des candidats-médicaments susceptibles de modifier ce trouble. Il estime que des traitements efficaces pourraient voir le jour au cours de la prochaine décennie et rend hommage à la Fondation Azrieli, qui a rendu ces travaux possibles. « C’est une fondation qui se démarque », dit-il. « Elle a une vision qui permet à la recherche de s’épanouir. »
Les bâtisseuses
Alors qu’elle étudiait en médecine, la Dre Sara Mitchell n’a jamais voulu se limiter à un seul domaine. Elle a toujours été fascinée par la relation entre le cerveau et l’esprit, mais ne souhaitait pas choisir entre la neurologie, la psychiatrie ou une autre spécialité. « Je voulais simplement aller à l’école du cerveau », dit-elle en riant.
En 2019, grâce au financement de la Fondation Azrieli, elle a contribué au lancement du Brain Medicine Fellowship Program de l’Université de Toronto. Ce programme rassemble des médecins issus de différentes spécialités liées au cerveau afin de repenser leur approche des cas complexes. Sa première boursière, la Dre Sarah Levitt, ne s’est pas contentée de terminer le programme, elle a ensuite contribué à le façonner. « En équipe, nous avons appris à intégrer différentes perspectives de manière extrêmement productive », explique la Dre Levitt. « On ne voit pas toujours cela dans tous les domaines de la médecine, car les gens sont trop concentrés sur leur petite partie du casse-tête. »
Au cours des années suivantes, Mitchell et Levitt ont développé ce programme pour en faire un programme d’études postdoctorales pleinement agréé qui forme désormais cinq à huit médecins chaque année. Ce programme
axé sur les compétences permet aux médecins de passer de la neurologie à la psychiatrie et à d’autres disciplines, ce que la formation traditionnelle permet rarement. La Brain Medicine Clinic, qui y est affiliée, offre à ce modèle un cadre clinique où les cas complexes sont évalués de manière collaborative plutôt qu’en silos. Elle a d’ailleurs été finaliste du Prix de l’innovation en santé de l’Ontario en 2025. « Ce modèle innovant n’aurait pas pu voir le jour sans la Fondation Azrieli », déclare Mitchell.
L’expert en résolution de problèmes
Le Dr Guang Yang a toujours été attiré par les casse-têtes. À l’Université de Calgary, il étudie des maladies infantiles si rares qu’elles n’ont même pas de nom. Ses recherches portent sur ce qui se passe lorsque les protéines du cerveau cessent de fonctionner correctement, et sur les raisons pour lesquelles certaines mutations génétiques entraînent des maladies différentes, même lorsqu’elles proviennent du même gène. Il compare ce travail à la complexité à laquelle il est confronté lorsqu’il résout un sudoku ou tente de venir à bout d’un jeu vidéo difficile. « On échoue, on tire les leçons de ses échecs et on réessaie », dit-il. « Dès qu’on repère les schémas, on commence à s’améliorer. »
Même s’il est très gratifiant de résoudre un casse-tête complexe, Yang affirme que la véritable récompense réside dans le fait de faire une différence dans la vie de quelqu’un d’autre. C’est ce qui s’est produit récemment lorsqu’un médecin français s’est appuyé sur les résultats d’un des articles à paraître de Yang pour aider à cibler la cause génétique du problème de santé d’un patient. Le laboratoire de M. Yang, qui bénéficie depuis sa création du soutien de la Fondation Azrieli dans le cadre de plusieurs projets, cherche actuellement à déterminer si la thérapie génique et l’évaluation de médicaments pourraient un jour déboucher sur des traitements pour ces maladies. « Au Canada, le soutien à la recherche sur les maladies rares à un stade précoce reste relativement insuffisant », déclare Yang. « La Fondation Azrieli fait partie des pionniers. »
Une approche collaborative des neurosciences commence à donner des résultats qu’aucun laboratoire ne pourrait obtenir à lui seul.

