Transformer la musique en science — et la recherche en quelque chose de plus grand

Des expériences sur les sons à basse fréquence aux soins de santé propulsés par l’IA : l’évolution d’une idée de recherche devenue innovation concrète

Photo : Hadas Parush

le 14 août 2026

Lorsque la Dre Patricia Mora Raimundo a commencé à explorer la possibilité que la musique puisse améliorer l’administration de médicaments au cerveau, l’idée semblait presque impossible. Ambitieuse, inhabituelle et profondément ancrée dans une question qui lui tenait à cœur, elle relevait davantage de l’intuition que de la certitude. Plusieurs années plus tard, ce concept initial est devenu un article scientifique publié, un projet de recherche primé et le point de départ d’une carrière qui a pris une direction aussi inattendue qu’inspirante. 

À bien des égards, il s’agit d’une histoire de type où sont-ils aujourd’hui? Dans un précédent article d’Aperio, intitulé Orchestrating a Cure, les lecteurs avaient découvert le projet de recherche de Mora Raimundo à ses débuts, alors que l’idée commençait tout juste à prendre forme. Cette histoire reprend là où la précédente s’était arrêtée : les résultats sont maintenant publiés, les travaux attirent l’attention et Mora Raimundo suit un parcours qui démontre ce qui peut arriver lorsqu’une bourse fait plus que soutenir un projet de recherche. Grâce au Programme de bourses Azrieli, elle a pu réaliser un stage postdoctoral en Israël qui a façonné non seulement son approche scientifique, mais aussi sa compréhension de l’innovation et de ce que signifie porter une idée au-delà de la page. 

« Je n’aurais jamais imaginé un tel succès. » 

La recherche au cœur du projet de la Dre Mora Raimundo a maintenant bouclé la boucle. Publié à la fin de 2025 dans le Journal of Controlled Release, l’article intitulé Music enhances lipid nanoparticle brain delivery and mRNA
transfection in brain cells
présentait des résultats aussi frappants que prometteurs. Dans des cultures neuronales, l’exposition des cellules à des sons de basse fréquence, y compris à la musique, a entraîné une augmentation de l’expression génique dix fois supérieure à celle observée dans les cellules non traitées. Dans des modèles précliniques, les sons audibles de basse fréquence ont été associés à une expression significativement plus élevée de l’ARNm dans les régions du cerveau liées au traitement des sons et à la régulation des émotions. 

« C’était incroyable. Les résultats se sont avérés encore plus passionnants que ce que nous avions imaginé », raconte la Dre Mora Raimundo. « Je n’aurais jamais imaginé un tel succès. » Pour elle, l’enthousiasme ne provenait pas seulement des conclusions de l’étude. Il découlait aussi de ce qu’elles laissaient entrevoir : la possibilité que la musique, utilisée de façon précise et rigoureusement étudiée, puisse un jour ouvrir de nouvelles voies en médecine du cerveau. 

« Je ne voulais pas que les innovations que j’apportais restent confinées à un article scientifique. » 

Depuis, la Dre Mora Raimundo a présenté ses travaux lors de conférences internationales et a reçu le premier prix du EuroTech Future Award 2024, qui reconnaissait le cadre conceptuel plus large de ses recherches : Music Input in Nanotechnology-based Treatments for Neurological Disorders (MINND). Mais l’une des manifestations les plus éloquentes de l’influence de ce projet est apparue bien après son passage dans ce domaine de recherche. Même après avoir orienté sa carrière vers d’autres secteurs, elle continue de recevoir des messages de chercheurs, d’étudiants et d’entreprises intéressés par ses travaux et par leur potentiel futur. 

Cet intérêt soutenu contribue à rendre son parcours particulièrement fascinant. Aujourd’hui, elle travaille au sein d’une entreprise en démarrage qui développe des modèles d’intelligence artificielle utilisant des données médicales pour prédire l’apparition de maladies plusieurs années avant l’apparition des symptômes. Ses activités sont désormais axées sur la santé préventive, notamment l’identification précoce des risques associés à des maladies comme le diabète ou le cancer colorectal. Même si ce domaine diffère de celui qu’elle explorait durant sa bourse, le fil conducteur demeure évident : elle est toujours animée par le désir de voir les idées produire des retombées concrètes dans la vie des gens. 

« La Fondation Azrieli m’a transmis cet esprit entrepreneurial. » 

« Je ne voulais pas que les innovations que j’apportais restent confinées à un article scientifique », explique-t-elle. « Je voulais réellement voir l’impact qu’une innovation peut avoir. » Cette façon de penser s’est renforcée pendant son séjour en Israël, où elle a découvert une culture de recherche étroitement liée à l’application concrète des connaissances. « J’ai été profondément inspirée par la façon de penser israélienne », dit-elle. « Bien souvent, la recherche est menée avec l’objectif ultime de créer un produit. » 

Pour Mora Raimundo, cette expérience a tout changé. « La Fondation Azrieli m’a offert cela », confie-t-elle en repensant à son expérience de boursière. « Cet esprit entrepreneurial était quelque chose que je n’avais jamais connu avant mon arrivée en Israël. » Elle a découvert un environnement où l’innovation avance rapidement, où les idées prometteuses ne sont pas destinées à demeurer théoriques indéfiniment et où la recherche alimente fréquemment la création de jeunes entreprises. 

Son premier projet continue d’ailleurs de vivre sous une autre forme. La Dre Mora Raimundo est régulièrement sollicitée pour partager son expertise sur des innovations connexes, notamment par des entreprises qui explorent les applications de la musique dans le domaine de la santé ou par des chercheurs qui utilisent l’intelligence artificielle pour identifier les fréquences et les sons susceptibles d’être les plus efficaces. Pour elle, cet élan qui se poursuit est particulièrement significatif. « C’est gratifiant de voir que le travail que j’ai réalisé continue d’avoir un impact et que des gens communiquent encore avec moi à ce sujet », explique-t-elle. 

« Révolutionnaire. C’est le mot qui convient. » 

Il y a peut-être quelque chose d’approprié dans le fait que cette histoire paraisse dans un numéro consacré au pouvoir de guérison de la musique. Les recherches de Mora Raimundo n’ont jamais considéré la musique comme une simple métaphore. Elles ont cherché à comprendre ce que la musique peut réellement accomplir dans le corps, dans le cerveau et dans la médecine elle-même. 

Pour le Programme de bourses Azrieli, le parcours de la Dre Mora Raimundo illustre éloquemment ce que le soutien aux chercheurs en début de carrière peut rendre possible : les relier à un vaste écosystème de mentorat, de collaboration interdisciplinaire et d’applications concrètes, leur permettant ainsi d’amener leurs travaux plus loin qu’ils ne l’auraient imaginé. Dans le cas de Patricia, cet appui lui a permis d’explorer une idée peu conventionnelle, de bâtir des réseaux internationaux et de s’immerger dans une culture de l’innovation qui continue aujourd’hui de façonner sa carrière. Son parcours reflète l’une des convictions fondamentales du programme : lorsque des chercheurs talentueux disposent de la liberté, des ressources et de la perspective nécessaires pour penser autrement, leur travail peut dépasser les frontières du laboratoire et générer un impact réel dans le monde. Une bourse peut contribuer à lancer un projet. Parfois, elle peut aussi contribuer à lancer une nouvelle façon de voir le monde. « Révolutionnaire. C’est le mot qui convient », affirme-t-elle. Et à plus d’un titre, elle a raison.

 

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